Le 17 septembre 2010


Poèmes du Metro de Medellin – Rubén Darío Lotero
LIGNE A. SAN ANTONIO – NIQUÍA – SANTO DOMINGO  MATIN

Fontaine, rafraîchis mon visage brûlant.
(l’employé range les papiers sur son bureau,
en haut sur le toit, le ballon perdu).
Vallée d’Aburrá, une petite est née, ma fille,
ce matin
avec de grands yeux pour voir la brume qui
chevauche la montagne lointaine.
Tandis qu’elle entortille la pointe de ses
cheveux noirs, la jeune étudiante lit et souligne:
«Transport à travers la membrane cellulaire»
(la montagne de briques s’élève, en quête
de ciel)
La jeune fille se lève et avec un sourire
disparaît derrière la porte du wagon.
Un rayon de soleil prend sa place; à côté de
lui une fillette agenouillée danse et chante en
regardant son reflet.
(Charlie Paola, la traductrice, cherche
aussi les mots du métro).
Bel abandon de wagons dans l’herbe (un
jour mon père y était monté).
Le quartier cherche la montagne, porte un
foyer sur son dos:
deux mains entrelacées, deux yeux qui se
regardent et se parlent.
Une fenêtre ouverte, un patio où sèche du
linge et une mélodie, un vallenato «parce qu’on
m’a fait prisonnier dans la bataille» qui s’élève
de la terrasse.
Sur les murs, jeux d’enfants clowns et
arlequins (le vent secoue les palmiers).
Des enfants font le coup de poing dans la
rue.
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METROCABLE. SANTO DOMINGO – PARC ARVÍ MIDI

Seigneur du vent et du nuage,
j’ai quitté ma rue et ma maison.
j’ai quitté ma femme et mes enfants
pour atteindre cette brise
qui effleure la forêt
en quête d’un tronc d’arbre
où construire ma cage vide.

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METROCABLE. SANTO DOMINGO – ACEVEDO – SAN ANTONIO APRES-MIDI

Changement de ligne, changement
de musique, changement de paysages,
changement… où est-elle, la fleur près de la
porte?
Sur la terrasse les fillettes répètent leur
chorégraphie scolaire. Le micro, une canette
de bière vide.
Acevedo, les lauriers se remplissent
d’oiseaux fatigués. Le fleuve coule et coule,
continue son labeur.

Je rentre à la maison et ne m’arrête à
aucune station.
Cette rame continuera sa route: ni chapelle
pour prier, ni chambre pour aimer.
Je file vite dans l’après-midi agréable pour
savourer une tranche de lune ensoleillée.
Adieu, mon ami.

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LIGNE A. NIQUIA – ITAGUI NUIT.

(Bello, station rail qui brille comme une
étoile).
Père, parti de ton village je vais dans le
centre-ville.
Tu étais un petit écolier dans le train qui
t’emmenait à la station Villa,
arriveras-tu à celle de Cent Ans?
Maintenant, ta petite-fille reste la nuit chez
son fiancé.
(sur les genoux de sa mère l’enfant a posé
sa tête endormie.
Nous sommes de plus en plus nombreux à
monter dans ce wagon.
Les jeunes, tennis, jeans et sacs de sport,
discutent: va-t-on fermer l’université?)
Père, ma fille est amoureuse.
(L’enfant se réveille et sa mère l’entraîne
sur le quai par la main)
Où vas-tu maintenant ma fille, femme
devenue?
Ce soir, comme il ne pleut pas, allons
danser un son.
Père, de quel voyage reviens-tu, que
rapportes-tu dans ta valise?
Elle sautera au cou du jeune homme et
l’embrassera.
Père, demain j’irai te voir, te parler de nos
sujets si chers.

Traduction de Claude Bleton