Le 16 septembre 2010


Poèmes du Metro de Medellin – Armando Ibarra Racines
LE MATIN , LIGNE B, DE SAN ANTONIO A SAN JAVIER

Initiation

L’ipod s’agitait à son rythme frénétique:
Aussi vite que le wagon coupant le fleuve
Medellín.
Le nasillement inaudible serait-il une
nouvelle langue?
L’ipod a laissé une cavité de silence sur le
siège vide
et le haut-parleur remplit cette cavité d’une
soupe à l’anglaise,
dans le silence revenu le wagon est inondé
d’un blancheur de coupole.

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LE MATIN , LIGNE J, DE SAN JAVIER A LA AURORA

Envol vers le couchant

À l’image de la cabine qui me portait,
j’aimerais conserver les mots des poètes du
métro.
Une femme suspend le linge derrière un
mur qui ressemble à une tranchée, plus bas un
soldat nettoie un fusil.
Tels des êtres d’une douteuse électricité
nous descendons lentement sur des lignes
parallèles à celles de la haute tension.

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LE MATIN , LIGNE B, E SAN JAVIER A SAN ANTONIO

Poème avec fillette a la fenetre

Je voudrais un peu de l’étonnement contenu
dans les yeux de la fille à la blouse verte.
Tache floue de vert et rouge, je descends ou
je continue?
Pour le moment les nuages gris ne sont pas
une menace: la fillette rit;
elle est la seule à ne pas soupçonner ni
craindre les chasseurs de poèmes.
La fille qui m’a pris en photo a volé mon
vers.
La fugacité du reflet de l’église m’a rappelé
que je ne vais plus à la messe depuis des
années…

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EN LA TARDE, LÍNEA A, DE SAN ANTONIO A ITAGÜÍ

Critique de l’air

Suie sur les immeubles, comme si une vieille
locomotive était passée à côté.
Cheminées qui ne bronchent pas, mais qui
expirent.
La fumée de la chaudière de l’hôpital.
Quelles maladies dissipe-t-elle?
D’autres cheminées et d’autres évacuations
gambadent dans l’air.
Maintenant c’est le fleuve, découpé par des
tubes agonisants où quelqu’un dort.
La terre est retenue par des murs gris, nets
et précis.
Le graffiti sur le mur n’a pas empêché la
terre de s’affaisser dans l’eau.
Les bouches d’égout étaient des yeux qui me
regardaient sans espoir.

Traduction Claude Bleton