Le 16 septembre 2010


Poèmes du Metro de Medellin – Jacques Jouet

MATIN , LIGNE B, DE SAN ANTONIO A SAN JAVIER


    Anormalement élevée, la proportion de
poètes, aujourd’hui, dans ce métro de Medellin
j’en compte trois, parce que je les connais,
mais je ne sais pas, il y en a peut-être d’autres
cette femme en bottes violettes qui plisse
les yeux en direction d’un eucalyptus et de ses
feuilles
la ligne est aérienne, aqueuse même
puisqu’elle côtoie la piscine bleue
elle n’est pas terrienne, taupe, comme
à Paris, mais colombe, mais palombe, mais
faucon sur la ville
quant au quatrième élément, elle l’aura
maîtrisé dans ses circuits électriques: le feu.

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MATIN , LIGNE J, DE SAN JAVIER A LA AURORA

Métro câble, je ne croyais pas si bien dire
sur le plan de l’aérien, la ville est rouge et verte
couleur de la cuisson et de la chlorophylle,
également intenses
ma ville n’est pas que ma ville, elle est ta
ville; ta vie n’est pas que ta vie, elle est ma vie.

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MATIN, LIGNE B, DE SAN JAVIER A SAN ANTONIO

Le chantier de nettoyage sur le flanc de la
montagne bâtie qui avait brûlé
était une tragédie grecque –Pergame, choeur
de terrassiers, la ville bouge
personne ne construit un arbre feuille après
feuille et la sève en guise de mortier, personne,
même pas la Nature
personne ne construit un homme os après
os, vertèbre après vertèbre, avec le sang séché
comme ciment,
même Dieu
même le sculpteur ne procède pas ainsi, il
laisse venir sa vision et les impondérables
ceux qui donneraient sa légèreté à Botero
lui-même.
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POR LA TARDE, LÍNEA A, DE SAN ANTONIO A ITAGÜÍ

“Gracias por tanto amor” dice el slogan de
los quince años del Metro de Medellín
este metro es entonces amado de amor – no
tengamos miedo de las palabras
¿el mismo metro ama sus frecuentaciones
de amor?
¿Este amor de metro ama (si los escucha)
los poemas de amor de metro de amor que se le
consagran?
el río está en el café, afluente en chocolate,
la gente vive a la orilla
en chozas que abrigan (¿quién sabe?)
también amores
urgencia continua del desgaste del amor que
ni tañe ni tropieza
si me falta todo, que no me falte eso.